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mercredi 9 décembre 2009

Université en France

L'université est-elle gratuite en France ?

Ce matin je vous parle d'une élève de seconde, Caroline. C'est de loin la meilleure élève de "ma" classe. Une jeune fille travailleuse, qui comprend vite, sait repérer ce qu'on attend d'elle, participe de façon pertinente et efficace. D'ailleurs il faut bien dire qu'elle est dans mon lycée par hasard. Elle tranche sur le niveau moyen de l'établissement. Un bel avenir scolaire semble l'attendre et c'est ce que j'ai voulu expliquer à sa mère quand je l'ai reçue en fin de trimestre.

Mais patatras ! Quand je parle à sa mère études longues et classe prépa, elle rétorque qu'elle n'a pas les moyens de les payer. Parce que les études supérieures ne sont gratuites que sur le papier. Aux frais d'inscription contrôlés s'ajoutent très souvent des frais annexes qui doublent la mise et que l'on ne peut refuser. Et puis l'allongement des études (jusqu'au master) a facilité l'intégration dans la formation de cours spéciaux (payants), de séjours à l'étranger. Voilà pour l'université. En prépa c'est plus simple : les simples frais de concours suffisent à jeter sur la paille un ménage ordinaire. Ajoutez qu'évidemment l'étudiant doit manger et dormir. En quelques années on est passé d'études supérieures à peu près gratuites, à quelque chose qui n'est plus la gratuité sans être le tout-payant. Evidemment aucun régime de bourses ne peut compenser des dépenses aussi imprécises.

Les résultats sont bien connus. La France n'arrive pas à élever le taux d'accès aux études supérieures longues. Il stagne à 25% d'une tranche d'âge contre 35% en moyenne en Europe, ce qui ne sera pas sans conséquences économiques. On est loin des 50% annoncés au niveau européen ! Le manque d'argent est le premier facteur d'échec en université. L'enseignement supérieur français est caractérisé par de fortes inégalités sociales. En université on trouve 31% d'enfants de cadres et 10% d'ouvriers, en CPGE 49 et 6, alors que la population française compte 11% de cadres et 25% d'ouvriers. La réussite scolaire n’est pas affaire de don ou de travail. Elle dépend largement du milieu social d'origine.

Impossible de parler "d'égalité des chances". Pire encore : le vieux contrat entre l'Ecole et le peuple, "travaille à l'école tu réussiras plus tard", devient un contrat de dupe. Il y a quelques années Caroline aurait eu sa chance. Aujourd'hui son sort dépend pour une bonne part de cet article et de la possibilité qu'il croise le regard d'un tuteur ou d'une fondation.

Éditorial de François Jarraud dans le Café pédagogique.

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